Espace privé / Se promener...
Dans la même rubrique
Critique de Don’t Worry
Du même auteur
Vanité du Lit
Adrénaline
Critique de Don’t Worry
Auto-bus
Fin d’année
Altérations
Jeux d’air
Saisons
Cachoteries
Dieu n’existe pas
Accueil du site > Critiques > Spectacles vivants > Critique de Don’t Worry

Seul devant un écran, deuxième album de Mano Solo en écoute bouclée. Les conditions pour écrire quelques mots sur ce spectacle des TAPS de Strasbourg sont bien mauvaises. Il aurait fallu du silence et des cris, et du papier à dessin peut-être. Il aurait fallu être seul au milieu des autres, seul mais pas isolé, se faire déranger à chaque instant par notre Nelly à nous, ou notre Elodie. Essayons de ne pas nous laisser disperser par la tranquillité, par le calme continu.

Don’t worry ne raconte pas grand-chose. C’est préférable, pour une critique : ainsi, aucune fin ne sera dévoilée, aucune histoire racontée. Don’t worry est un spectacle qui se veut « spectacle », du réveil à la perte de raison. Nous entrons dans une salle encombrée non de spectateurs, mais de scène. Nous entrons dans un théâtre, mais nous sommes loin des grandes salles nationales. Ici, le spectateur n’est qu’un détail. Trente places assises, les autres se débrouilleront ! D’ailleurs dépêchons-nous, tout le monde dort. Asseyons-nous et coupons nos téléphones, cela sonnera suffisamment dans la salle-scène. « Ça sonne ! » diront-ils. Et oui ça sonne, mais personne n’appelle. Le frère s’annonce-t-il avant de revenir pour exposer sa « guérison » ? On le pense. C’est ce qui se passe. Le revoilà ! Mais qu’avait-il et pourquoi revient-il ? Pourquoi est-ce si compliqué de le prononcer, ce petit mot : « Entre ! » ? Les explications sont difficiles, les sentiments sont tellement délicats… Peut-être a-t-il faim ? Mieux vaudrait manger, nous parlerons plus tard…

Plutôt que dans les mots, c’est dans les silences que ce spectacle prend son sens. Les communications seront peut-être plus faciles sans ce continuel attachement à la linguistique forcée. Or, si cette tentative de communication muette se révèle bien difficile également, c’est par elle que le sens théâtral ressort. Le spectacle fait sens grâce à ce silence sans cesse renouvelé.

« [La poésie] ne prend son sexe qu’avec la corde vocale, tout comme le violon prend le sien avec l’archet qui le touche » disait Léo Ferré. Dans Don’t worry, la poésie prend son sexe dans le silence, et la corde vocale ne sert qu’à réactualiser ce silence, ces silences trop fréquents dans nos relations à tous. Elle prend son sexe dans les yeux des personnages, dans leurs corps, dans leurs mouvements et leurs immobilités. Et quand un mot jaillit de ce silence, il frappe fort, très fort.

« Jean, fais-moi rire ! » Il le faut, fais-moi rire, calme mes colères, et montre-moi que je t’ai manqué, montre-moi ton amour ! « Jean, fais-moi rire ! » Et je rirai, ta violence ne suffira pas à m’empêcher de me convaincre que tu es heureux de me voir, que rien n’a changé. « Jean, fais-moi rire ! » Je t’aime, sale con ! M’entends-tu ?

Don’t Worry était programmé du 15 au 19 janvier 2008 aux TAPS Scala de Strasbourg
Production Cie VIA - Création été 2007 au CAES à Ris Orangis
Mise en scène : Sabine Lemler Texte, écriture de plateau et mise en forme : Samaël Steiner Avec Arthur Dumas, Yordan Goldwaser, Charlotte Le-Bras, Sarah Rees Scénographie : Géraldine Paillard Son : Olivier Pfeiffer, Emmanuel Klein Lumière : Dominique Klein Durée : 1h