La cyclothymique Le médecin
- Vous, déjà ?
- Encore vous voulez dire.
- Je dis ce que je veux dire.
- Moi aussi mais ce que je veux dire un jour n’est pas ce que j’ai voulu dire la veille, ni ce que je voudrai dire le lendemain.
- Tant de transpositions temporelles et de conjugaisons pour dire si peu !
- Je dis toujours beaucoup pour dire peu. Le verbiage intempestif superfétatoire est mon salut.
- Vos excès de langage n’arrangent rien à votre état !
- A propos de mon état, comme vous dites. Tout cela est trop lent pour aller suffisamment vite.
- Expliquez-vous.
- J’ai tout essayé : le nudisme, le silence...
- Et ?
- Et me voilà plus emmitouflée que jamais.( Elle enlève son manteau, sa polaire, ses gants, ses mitaines, son gilet, son pull, etc...)
- Effectivement.
- Et puis je n’arrête plus de causer, de causer.Ca en devient fatigant à la longueur de mes phrases.
- Je vois...
- Vous entendez, plutôt. Restez cohérent. Ecoutez-moi !
- Oui, bien sûr.( Il observe le spécimen)C’est très intéressant...
- Certains jours seulement.
- Bien évidemment.
- Bon, alors, je fais quoi moi ? Je suis là, je n’y suis pas. Je m’en vais, je reviens. J’oublie, je retiens. Quoi alors, quoi ?
- Je jette l’éponge.
- Utilisez-là plutôt pour passer un coup sur vos vieilleries. Se taire à poil, c’est un nettoyant moins efficace qu’une éponge. C’est un décapant qu’il me faut.
- Un décapant ?
- Un décapant. Quelque chose qui agisse en profondeur et d’un coup, qui nettoie.
- Offrez-vous les talents d’un nettoyeur.
- L’idée n’est pas mauvaise.
- Je ne suis pas docteur en syndromes approximatifs pour rien.
- Vous en connaissez un bon ?
- Il n’y a pas de bons ou de mauvais syndromes. Les syndromes ne sont pas cyclothymiques, eux !
- Un nettoyeur !
- Et bien, il existe des agents d’entretien très performants...
- Oui, pourquoi pas...
- Sinon, certains employés municipaux sont efficaces.
- Il me faut un traitement drastique.
- Dans ce cas...
- Oui !
- ...je vous recommande chaudement un nettoyeur à viseur.
- Un nettoyeur à viseur ?
- Oui, à viseur.
- Et comment traite-t-il les malades ?
- Disons qu’il abrège le rythme de vie.
- Comment ça ?
- Il vous faut un dessin ?
- Je ne souhaite pas vous voir dessiner un éléphant dans un boa constrictor, ni un mouton dans une boîte. Tout ceci a déjà été fait.
- Ce n’est pas un mouton qu’on dessinerait dans une boîte, et la boîte serait en sapin.
- A Noël ?
- Non, en avril, sans poisson. Un nettoyage de printemps en quelque sorte.
- Ca m’intéresse. Comment nettoyer ?
- Et bien, vous faites une liste, il s’occupe du ménage. Il vous débarrasse de toutes vos impuretés humaines. Ca ne vous coûtera que quelques bêtises.
- ?
- Des gages. Vous faites, il nettoie contre des gages.
- Un nettoyeur à gages ?
- Oui.
- Mais le problème, c’est moi !
- Ah oui, effectivement, c’est un problème...